mercredi, février 14, 2007

Etude sur la discrimination professionnelle des femmes

Il ressort d’une étude menée par le réseau Grandes écoles au féminin auprès de 7 000 diplômés de grandes écoles que les femmes cadres continuent d’être l’objet de discriminations professionnelles. Ainsi l’étude révèle que les discriminations commencent tôt et s’accentuent au fil du temps. De l’avis de Véronique Préaux-Cobti, présidente de GEF « on note des progrès, mais le chemin reste long ».

Sur la question des salaires l’écart qui est de 10% à l’embauche, se situe à 18% à 30 ans et à 27% au-delà de 35 ans. De même, les différences d’accès à des postes de dirigeants ou la présence aux comités de direction sont à noter. L’étude montre aussi que les femmes cadres travaillent autant que les hommes et que seules 4% d’entre elles mettent leur carrière entre parenthèse pour s’occuper de leurs enfants. Par ailleurs, le GEF dénonce la surestimation de leur moindre mobilité supposée, expliquant « elles effectuent presque autant de déplacements et 76% sont prêtes à s’expatrier ». Aussi carriéristes que les hommes, les femmes sont toutefois conscientes qu’elles doivent fournir plus d’efforts pour réduire l’écart avec leurs collègues masculins.

(Les Echos, p4, Derek Perrotte, 08/02/2007)

lundi, février 05, 2007

Les cabinets aiment les filles

Edito de CadreEmploi (01/2007)

Le secteur n’est pas plus macho que les autres. Pas moins non plus. Dans l’audit et le conseil, comme ailleurs, la parité existe. A l’embauche. Après, lorsqu’il s’agit de gravir les différents grades, ça se dégrade. Les manageuses de plus de cinq ans d’expérience sont minoritaires. Plus haut encore, les associées, (dîtes « partners », ça fait plus viril) sont entre 5 et 14%, selon les cabinets. Et à l’étage des pontes, vice présidents et autres chairmen, on frôle le zéro absolu. Cette dominante de testostérone chez les consultants s’explique assez facilement. Le soir venu, ces messieurs vont tranquillement refaire le monde et leur stratégie de carrière au Balto en face du bureau, pendant que maman s’occupe des générations futures. Parfois, il faut le reconnaître, même les célibataires s’excluent du jeu, découragées par le poids du fameux plafond de verre qui les freine dans leur vitesse de progression vers les sommets.

C’est que pour progresser au pays de l’audit et du conseil, il faut reseauter sévère. Un sport qui se pratique au-delà des heures légales, à des moments où les femmes ont autre chose à faire, ce qui les exclut trop souvent de la cooptation classique. Une éviction qui n’a jamais empêché les comptes d’être vérifiés et les entreprises auditées. Mais ce joli monde rempli exclusivement de garçons riches et intelligents est peut être en train de disparaître. Car le client rechigne et la pénurie de main d’œuvre gagne.

A force d’entendre dire que les filles sont sérieuses, bosseuses, pragmatiques, pondérées et dotées d’une excellente capacité d’analyse, les entreprises ont fini par s’en persuader et réclament des consultantes. Et même si les clients ne sont pas intimement convaincus du surcroît de talents de ces dames, ils en redemandent. Car ça fait bien dans le paysage, ou parce que c’est une manière de pallier à leur propre retard côté parité. Bref, elles ont la cote dans l’audit comme dans le conseil et pas seulement parce que les clients les demandent. C’est que, selon une étude réalisée à travers tout le continent, les nouvelles normes comptables pourraient amener la création de 50 000 postes d’auditeurs à travers l’Europe. Pas à l’horizon 2020, mais d’ici trois ans. Evidemment, les effectifs de garçons ne suffiront pas à combler la frénésie. Nos énergiques cabinets semblent l’avoir compris : ils veulent des filles et tout de suite.

Dans le registre spectaculaire, PriceWaterhouseCoopers, en appelle carrément aux casques bleus. Le cabinet a signé le pacte mondial de l’ONU pour « promouvoir la responsabilité sociétale des entreprises » et a axé sa participation sur le leadership des femmes. Chez Accenture, on chouchoute les nouvelles, en les coachant tout spécialement. Pour les aider à exploser le plafond de verre, un comité de vigilance a été créé afin de vérifier la bonne parité des promos. Enfin, un réseau féminin a carrément été monté en interne.

On pourrait évidemment soupçonner que sous ce racolage intensif se cache un certain appât du gain, puisque les femmes sont moins bien rémunérées que les hommes en moyenne nationale. Mais dans ce domaine aussi, la pénurie de main d’œuvre pousse les cabinets vers les voies de la sagesse. Les salaires vont fortement évoluer dans les prochains temps. Un auditeur armé de trois ou quatre ans d’expérience dans un gros cabinet, pourrait ainsi voir son salaire évoluer en un an de 52 000 à plus de 65 000 euros. Soit 20% d’augmentation en changeant d’entreprise ou pour éviter d’en changer. Soit 20% d’augmentation pour tous les bons éléments. Filles comme garçons.

Le Figaro Entreprises & Emploi, p4, Albert Zennou, 22/01/2007